Assiette Sauvage

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Ma Responsabilité ...

jeudi 1er mars 2018, par Nathalie Frossard

Avec ce titre, plusieurs lecteurs ont peut-être déjà « zappé » ! Nous avons tendance à considérer la responsabilité comme une charge lourde. Ne peut-on l’envisager d’une autre manière ?

Influencée par mes voyages et mes interactions avec des cultures variées qui ont gardé un lien étroit avec la nature, j’ai toujours considéré la responsabilité envers mon environnement comme « coulant de source ».

La Fleur de Scabieuse et un Zygène, magnifique papillon rouge et noir. Cette beauté de tous les instants n’est plus donnée ... Elle se gagne maintenant, tant la pression anthropique est forte ... Cueillir la salade sauvage a toujours été pour le Cueilleur -Culteur , d’abord et avant tout un moyen de regarder même les plantes insignifiantes d’un autre Œil ... Et la cueillette un moyen de connaître son entourage végétal pour l’entretenir, le diversifier, l’enrichir ... Ne jamais cueillir plus de 10% d’une population et jamais plus de 10% d’une plante si vous n’avez pas besoin absolument de sa racine. (NDLR)

La forêt tropicale me ressource, je ressens ce foisonnement incroyable de vie que ce soit au Pérou, en Malaisie, en Indonésie, au Gabon, dans les îles d’outre-mer ou du Pacifique. Je ressens le besoin de cette forêt, et au fil des ans, j’ai appris à apporter ma contribution en retour, naturellement, sans que personne ne me l’impose. J’ai tout de suite adhéré au concept hawaïen de Kuleana, qui implique par exemple que si l’on prend des ressources dans la forêt, en échange on va lui offrir un présent : nettoyer sur son passage, semer des graines d’une plante un peu plus loin pour compenser le rôle des animaux disparus, offrir un chant, une intention…

Tout le monde connait l’Arnica, pour en avoir pris quelques granules ou un spray, ou une pommade. Il s’est imposé comme le compagnon des petits Bobos. Pourtant sa raréfaction est maintenant avérée et pour les stations françaises de Plaine (Sologne, Orléans) ... moins 70% en trente ans .... C’est positivement énorme ... rassurez-vous, la cueillette pour vos bobos ne constitue que l’aspect émergé d’un iceberg dont la partie immergée, s’appelle changement climatique, appauvrissement des sols, gestion industriel des espaces, pluie aux pesticides, etc ... Mais n’oubliez pas que les meilleurs des remèdes pour un bobo, sont les bisous et les massages renouvelables à l’envie. (NDLR)

C’est ce qui est beau, chacun offre en fonction de ses talents, de ses moyens et de ses capacités. La reconnaissance de ce que la nature offre est une première étape vers l’action réciproque. La responsabilité peut être vécue de manière simple et joyeuse, de manière épanouissante. Quand vous entretenez une relation d’amitié avec quelqu’un, vous avez plaisir à offrir un repas, un cadeau, un coup de main, une écoute.

Ce n’est pas une charge, c’est « normal » et plaisant. Je vous invite à étendre ce ressenti avec la nature. Plus que « seulement » la Mère Nourricière, la Terre est aussi pour moi une amie. Ce qui explique qu’avec mes capacités et mes connaissances actuelles, j’ai plaisir à me mettre au service de cette cause :

Recréer du lien entre l’homme et les plantes. Ce monde végétal m’offre tant (en fait, la vie, comme à nous tous !) qu’il me paraît normal de donner en retour.

Si avec la Scabieuse en haut de la page, comestible en tenant compte de son amertume, et si abondante, qu’on peut la cueillir facilement pour agrémenter sa salade, nous sommes dans les plantes communes, il n’en est pas de même pour ce Lys Martagon endémique des Pyrénées et très rare. Ne pas le cueillir, bien sûr est une évidence, mais respecter son lieu de vie est aussi d’une importance capitale ... et nous rentrons là dans une responsabilité collective qui il faut le reconnaître malmène notre environnement d’une manière exponentielle.(NDLR)

La responsabilité vis-à-vis du monde végétal peut s’exprimer dans de nombreux domaines qui nous touchent en tant que citoyens, et notamment l’usage des plantes. En effet, de plus en plus de personnes s’intéressent aux plantes pour leurs vertus culinaires, cosmétiques, médicinales. Certaines plantes sont « à la mode » et du coup les ressources s’épuisent rapidement, beaucoup plus rapidement que leur régénération, qu’elles soient sauvages ou cultivées.

J’en ai eu plusieurs exemples en faisant les recherches pour le programme Vital Végétal, puisque j’étudiais des plantes menacées ou fragilisées. Le consommateur de plantes a la responsabilité de le faire en conscience. Oui pour utiliser l’Arnica si je ressens que c’est cette plante qui va me faire du bien. Mais oui à utiliser une alternative si je ne suis pas sur de la provenance de l’Arnica, de la qualité de la récolte, et si j’hésite entre plusieurs plantes.

On pourrait dire la même chose du bois d’ameublement (exemple du Chengal en Malaisie), de l’alimentation (exemple du Nkumu au Gabon), etc. De nombreuses personnes s’attachent à trouver des solutions, à préserver la ressource, à sensibiliser. Mais c’est à chacun de faire des choix pour que les plantes ne soient pas des objets de consommation comme les autres.

Le cueilleur de plantes, quant à lui, pourra cueillir la juste quantité, pas plus que nécessaire, afin de garantir un renouvellement naturel des populations de plantes. Les cueilleurs professionnels s’organisent, réfléchissent à une charte de cueillette responsable.

Le Cueilleur -Culteur , outre vous aider à susciter un intérêt vers le sauvage et les adventices espère vous aider à voir votre responsabilité sous un angle enthousiasmant ... Quant au problème sociétal, il semble si énorme ... Pourtant peut être qu’avec chacun notre goutte d’être et d’actions, comme le colibri (ici de Matoury sur une verveine) posant sa goutte sur l’incendie nous pourrons inverser la tendance.
(NDLR)

Le cueilleur amateur lui, a la responsabilité de se former un minimum pour ne pas mettre en danger les plantes qu’il affectionne. Mais quand on aime les plantes, c’est un plaisir de se former, pas une contrainte !

Alors je vous invite à trouver les actions qui vous engageront dans la voie de la responsabilité. Qu’elles soient joyeuses, épanouissantes, et au bénéfice de tous les êtres vivants !

Un sphinx tête de mort, le seul papillon que je connaisse qui râle !
Le Cueilleur -Culteur est convaincu que dans un monde ou insectes et autres animaux disparaissent de manière très rapide, faire un trou pour emmagasiner de l’eau, rajouter de l’humus sur un sol pour l’enrichir, faire un barrage à l’érosion par un caillou, ou un tronc, prendre les graines d’une plante pour la semer ailleurs, transplanter une plante qui est mal placée sont des actes salutaires. (NDLR)

Une Charte de Cueilleur Culteur ?

Pour rebondir sur cette problématique de la responsabilité, les Cueilleurs professionnels se sont dotés d’une charte que vous trouverez là :
http://www.cueillettes-pro.org/CHARTE-DE-L-AFC-104.html

Et si le Cueilleur -Culteur mettait en place une charte pour les cueilleurs du dimanche que nous sommes ?

Une charte qui serait un guide-line de principes. Pour ne cueillir que dans le respect des règles de la loi, dans le respect de la plante cueillie, dans le respect de la population de la plante cueillie, dans le respect des plantes autour et des plantes en relation avec la plante cueillie. Dans le respect du sol et de l’environnement au sens large.

Et puis effectivement comme le suggère Nathalie terminer sa cueillette par un don, un geste qui permet de redonner au milieu ce qu’il nous a offert ...

Si cette idée vous tente, et bien ce peut être un de nos projets collectifs !

Une idée dans le vent ... à saisir ?

redaction@osteo4pattes.eu


- Crédit photo : P. Chêne,
- L’auteur pour la fleur d’Arnica